Dans la rue, quand il promène son vaste chapeau de cowboy, c'est-à-dire tous les jours, les gamins interpellent J.Aubertin. “Hey Lucky Luke !” C'est dit sans animosité, par fascination stupéfaite, comme s'ils découvraient un OVNI. Mais ce brouhaha, il ne l'entend pas : il vit très bien sous son chapeau, dans sa tête. Le jeune auvergnat s'y est construit, entre fantasmes et réalité, un univers très personnel, avec un niveau d'exigence, sur le jeu, sur la composition, sur la voix, qu'imposent des maîtres-à-chanter comme Townes Van Zandt.

Car J.Aubertin ne fréquente pas des gens de son âge : ses amis sont des disques jaunis, trésors inestimables de nobles songwriters texans d'une autre époque ; ses pairs sont des conteurs d'histoires rocambolesques rencontrés au hasard d'une longue tournée dans les campagnes américaines. De ces troubadours à canassons, il raconte qu'ils lui donnent l'impression de “brûler de l'intérieur. Leurs paroles m'ont parfois guéri, sauvé même.” C'est dire l'importance de la musique dans sa vie : sans pose, sans chiqué.


Avant un premier album attendu, ce garçon qui vénère le passé sans succomber à la nostalgie, un garçon de son époque mais pas de son lieu, qui écoute aussi bien des centenaires d'Austin que de jeunes rappeurs d'Atlanta, a déjà sorti deux EP. “Il n'y a pas grand-chose de français dans ma musique, dit-il. Il y a moi et c'est tout.” C'est déjà énorme.

 


JD Beauvallet, 2020